quinta-feira, 22 de maio de 2014

Balade à la Viste



Une balade à la Viste avec Hôtel du Nord, le 22 mai. Guidée par Nicolas Mémain pour des étudiants en urbanisme allemands en visite à Marseille. J'ai dessiné : la vue depuis le pont derrière la station Bougainville (on ne voit pas la tour CGM à gauche), un ado peu poli, un gamin souriant dans le bus 26, la sortie de secours du dojo de Bougainville ; Nicolas Mémain qui parle, la vue sur la tuilerie Monnier depuis la colline du jardin partagé du Centre Social de la Viste, l'aqueduc qui passe à côté du Parc Brégante ; les tours de la Viste, l'église Saint-Louis derrière le Viaduc, le lycée Nord, la vue depuis la colline du lycée Nord, avec une barre de la cité Consolat, au loin le port et la côte Bleue.

Balade au vallon des Mayans


Une balade avec Hôtel du Nord le 10 mai 2014 au Vallon des Mayans. Je n'ai pas dessiné : les immeubles de la Savine, le champ de tir (on ne le voyait pas, mais on l'entendait), les maisons cassées, les pots de miel (il valait mieux goûter). J'ai dessiné, de haut en bas : un portail en-dessous de la Petite Savine, une gamine à la casquette rose, un visage, quelqu'un qui lisait un livre, une participante ; les lignes haute tension au-dessus de l'oppidum des Mayans, la reportrice de la Chaîne Marseille, un bâtiment près des four à chaux, Monsieur Paul qui est venu parler des fours à chaux, une gamine assise, un autre visage, la vue sur Marseille depuis l'oppidum des Mayans.


terça-feira, 22 de abril de 2014

Balade aux Aygalades



Croquis de la balades vers le ruisseau des Aygalades avec Hôtel du Nord, le 17/04/2014, avec intervention de Christine Breton et de deux jeunes de l'ADDAP13.

quarta-feira, 29 de maio de 2013

Variations autour devant l'image (de Didi-Huberman)

En sortant de son cours de théorie de l'histoire de l'art, Vasasky tourna en rond un moment sans savoir que faire, puis il pensa aller faire un tour au Louvre.

Lorsqu'il pénétra dans le musée et commença à nommer les choses dans les tableaux, elles commencèrent à disparaître. Cela l'amusa beaucoup. Il alla voir son reflet dans la vitrine blindée qui masquait la Joconde et dit « Joconde ». Tous les touristes commencèrent à s'éparpiller en piaillant ou à prendre des photos sans flash. Il murmura « visiteurs » mais le mouvement confus continua. De toute façon, il se serait repenti, plus tard, d'avoir fait disparaître des êtres vivants.

Il essaya avec des noms propres : lorsqu'il dit « Saint Sébastien », il ne resta plus que la colonne en ruine et les flèches (qui tombèrent sans bruit). Il essaya avec des objets : lorsqu'il dit « plateau », la tête d'Holopherne rebondit contre le cadre et alla rouler dans un bord. Judith paru lui lancer un regard de reproche. Mais il voulait être plus irrévérencieux que cela. Il parvint à échapper aux gardes qui poussaient les visiteurs vers la sortie, où chacun était fouillé pour vérifier qu'il n'avait pas découpé la Joconde en petits morceaux pour la glisser dans la poche, et penêtra dans la salle du quinzième italien. Il lui fallait une Annonciation.

Il venait de finir de prononcer « Jésus » et la moitié de « perspective » quand un chien policier (auquel son maître avait fait renifler la vitrine blindée) sauta et le mordit à la gorge. Les murs du musées semblèrent se dissoudre par ondulations lentes, il se retrouva dans un tableau de Chirico dont les colonnes disparaîtraient progressivement : il lui sembla que des formes colorées se superposaient les unes aux autres (on aurait dit une composition de Kandinsky, celle avec un rond violet, VII ? VIII ?), que tout était quadrillé (comme un tableau de Klee), et puis tout se mis à bouger trop rapidement, comme un film des premiers temps projeté à vingt-quatre images par seconde, mais en couleur. Le policier posa sa casquette sur le sol du musée et se pencha vers lui d'un air désolé, à l'envers, et les moulures du plafond l'encadrait comme s'il mettait en scène un tableau de Bazelitz. Il ne parvint pas à décrire la dernière image qu'il vit et sur laquelle se fermèrent ses yeux et son monde. Le chien lapait le sang qui avait fait un driping monochrome sur le plancher polis. Il aboya.

(À ce jour, la Joconde et Saint-Sébastien n'a pas été retrouvée, mais il a été fait appel à un restaurateur pour que Judith cesse de jouer au foot avec la tête d'Holopherne. Gabriel ne regarde plus la vierge.)

terça-feira, 23 de abril de 2013

Tournage

Les phalanges creusées des longs doigts maigres se replient sur le lourd tissu opaque du rideau, qui frémit puis s’incurve en ombres drapées ; le personnage écarte le rideau et son visage apparaît, émacié, les traits encore plus accusés dans leur encadrement d’ombre et de lumière ; l’arête du nez rehaussée d’une mince ligne lumineuse surgit d’un triangle sombre avalant les orbites et s’étirant sinueusement jusqu’aux joues ; les limites floues du visage sont mordues irrégulièrement par les ombres portées des ramifications des plantes, dentelures hachées comme des pinacles se découpant sur le bleu uniforme intense du crépuscule pendant que la cathédrale se massifie dans l’ombre, la délicate préciosité des gâbles et des voussures de plus en plus en retrait, noircies, quelques reflets éblouissant encore, accrochés à un vitrail rougi, éclat tremblotant un instant puis s’éteignant brusquement, gris : l’image est en noir et blanc. Le personnage referme délicatement sa main autour de la gâchette d’un arrosoir qu’il soulève avec délicatesse et asperge les feuilles de fines gouttelettes (glissant, accrochant des éclats de lumière blanche). Le personnage soudain esquisse un léger sursaut et ses yeux tressautant sur la droite apparaissent un instant immensément blanc. Il pose l’arrosoir et se tourne, puis s’éloigne, dans l’image toujours limitée à droite par le rideau et striée par le délicat entrecroisement des plantes apparaît un bureau aux minces pieds élancés sur lequel repose un téléphone à l’ancienne (le cadran arrondi qu’il faut faire tourner de l’index et qui chaque fois revient dans le même irrégulier et aigu cliquettement) dont le personnage tient maintenant l’écouteur, écoutant, disant
allo
oui
oui
le cinq mars ?
tâtonnant de la main sur le bureau se saisissant d’un stylo ouvrant
à six heures ?
un carnet de moleskine noir d’où dépassent quelques feuillets feuilletant un instant
très bien
faisant glisser du pouce le capuchon du stylo tombant roulant s’immobilisant au creux de la double page ouverte griffonnant quelque chose sur l’une des pages
c’est noté
faisant tourner le stylo entre ses doigts pour libérer
merci
le pouce et l’index attrapant
au revoir
le capuchon – l’autre main reposant le combiné prenant le capuchon refermant reposant le stylo s’éloignant du bureau, son visage de nouveau accusé d’ombre et de lumière, ses yeux à peine distincts sous l'arcade en saillie du sourcil suivant les gouttelettes d’eau projetées par l’arrosoir, glissant le long des feuilles le long des nervures, délicatement, striant le cadre, accrochant des éclats fugaces de lumière, disparaissant

[coupez !]

Et la pièce ne fut non pas envahie de lumière mais de quelque chose d’aussi visible mais d’aussi plus palpable, quoiqu’immatériel ; un mouvement subit surgit de chaque partie de la pièce ; respirations retenues relâchées ; explosion silencieuse et chaleureuse d’énergies contenues. Aussitôt : ça donnait quoi au son ? – elle est bonne – tu n’as pas eu l’avion ? – si au début, on peut arranger ça – au cadre ? – je veux bien la refaire – ok, on enchaîne ! – [A] ? – oui ? – au jeu ? – c’était bien, un peu moins lent au début si tu peux André, tu sais, regarder moins longtemps les plantes ? – oui – tous en place ! – le rideau ?
Quelqu’un va replacer le rideau en se faufilant entre les pieds des projecteurs et en enjambant les câbles entrelacés (comme ça ? – encore un peu... top ! c’est bon !) ; se faufilant de nouveau dans l’autre sens après avoir refermé replacé (le carnet) (sur le bureau) (le stylo), câbles, projecteurs, entrebâillement noir où s’engouffrer ; derrière par contraste avec tous les éclats de lumières il fait sombre, il est difficile de discerner l’acteur attendant immobile, tête penchée vers le sol, ramassé sur lui-même, de faire son entrée ; l’obscurité encore plus assombrie quand [M] se découpe à son tour dans l’entrebâillement pour se frayer un passage jusqu’à la caméra, tenant le clap d’une main une craie dans l’autre, effaçant du revers de la main un chiffre inscrit à la craie, il dit
tout le monde en place
écrit un chiffre sur l’ardoise met la craie dans sa poche, dit
son demandé
ok
moteur demandé
ok
séquence une premier plan troisième
écartant du clap la baguette inférieure striée noire et blanche la relève vivement puis l’écarte dès que le son sec a retenti ; et de nouveau il évite les projecteurs et les câbles, se découpe dans l’ouverture du rideau, le plancher craque sous ses pas, il s’immobilise dans une position d’acrobate suspendu comme pour combattre la pesanteur, son poids, aérien sur son fil jusqu’au bout [action] de la prise [l’acteur lève la tête et se dirige vers l’échancrure lumineuse du rideau], tous les muscles tendus dans cette [il pénètre dans la pièce on entend] position qu’il ne s’agit plus maintenant de quitter [ses pas sur les carreaux puis] afin de ne pas risquer de produire [le froissement de tissu du rideau écarté] un craquement intempestif ; attentif au moindre bruit : [puis le silence] grondement indistinct des [quelques instants] voitures, criaillement d’un enfant, [brusquement rompu par] grincement [le bruit de l’eau] d’une grille, craquement du plancher, gargouillement des ventres, [projetée, les gouttelettes heurtant les feuilles] respirations retenues [puis cessant] exhalées lèvres à demi ouvertes pour opposer au souffle [un bref frottement] une résistance minimale, tous suspendus au même fil [de tissu, des pas] de silence, attentifs [de nouveau] aux mêmes froissements d’étoffes [une chaise heurtée crissant doucement contre le sol en même] figés comme des statues nimbées de la lueur grisâtre de l’écran. [temps que retentit nettement le tintement du téléphone] [A] fixe intensément [décroché] les images, et la pâleur de son visage [allo] s’assombrit derrière [oui] l’ombre du casque qui [oui] lui couvre les oreilles comme un trait d’encre de chine [un froissement de papier], à ses côtés [le cinq mars] surgissent des visages [à six heures] attentifs comme dans ces films de guerre où [le frottement indistinct et irrégulier du stylo] le noir envahit l’écran au point qu’il n’est plus possible de discerner si le film est ou non en couleur, le son seul, – [très bien] des roucoulements d’oiseaux nocturnes, des cliquètements [c’est noté] d’élytres d’insecte frottées l’une contre l’autre, [merci] des froissements de feuilles, l’écoulement de l’eau – soutenant l’attention [au revoir] du spectateur enfermé dans la même moiteur obscure que [choc et tintement] l’écran, [du récepteur] il croit [reposé] percevoir une reptation, [pas] mais c’est lorsque ses sens surexcités transmettent des impulsions immédiatement [gouttelettes] surinterprétées (là sur la droite ce frottement ce craquement [gouttes] au fond cet éclat de lune occulté par le balancement [silence] d’une feuille est-ce le vent ?) qui dispersent son attention, la rendent sautillante d’un point à un autre, ne faisant plus la distinction immédiate entre le haussement d’épaule du spectateur voisin, le craquement du plancher, le froissement d’étoffe le frissonnement des feuilles et là : au premier plan le visage argenté par la lueur de la lune d’un soldat, mangé par l’ombre du casque qui ne laisse briller que les prunelles et l’éclat carnassier des dents que les lèvres tremblotantes laissent apercevoir par [coupez] saccades.

Mariage Homo #1

"Si je comprend bien, les anti-mariage gay ont peur que les enfants adoptés soient traumatisés par les moqueries des anti-mariage gay ?" (http://enfantsdhomos.tumblr.com/soutien)
« Socialisme, dictature ! »
« Libérez nos camarades ! »
« Première, deuxième, troisième génération, nous sommes tous des enfants d’hétéros ! »
(http://www.rue89.com/2013/04/22/crs-a-barbes-veillee-invalides-les-les-jeunes-cathos-droite-241699)

domingo, 24 de março de 2013

Deux têtes folles (Quine, 1964)


Déjà dans L'adorable Voisine (1958), Richard Quine pratiquait avec humour l'auto-dérision en associant son nom avec la statuette la plus minuscule du générique. Il en profitait aussi pour récupérer le couple Novak/Stewart qui s'aimaient vaporeusement dans l'univers quotidien de Vertigo (1958 idem), histoire d'inverser les choses et de placer dans un univers magique et incroyable des amants enfin palpables.

Quelques années plus tard, Quine ne se joue plus d'un film mais de l'intégralité du système hollywoodien. Il faut dire que la décennie méritait un retour, et qu'entre la fin de l'âge d'or et le renouveau du nouvel Hollywood il y avait à faire. Et puis la Nouvelle Vague française inspirait beaucoup – l'action se situe donc, comme le titre anglais l'indique (Paris When it Sizzles), à Paris.

Audrey Hepburn joue une simple secrétaire, engagée par William Holden pour taper le scénario auquel il est supposé travailler depuis des mois alors qu'il n'a que des feuilles blanches à lui proposer à son arrivée. Mais qu'importe : un peu de persuasion suffit, et sous les yeux émerveillés de la jeune dactylo il ne fait bientôt aucun doute que le garçon et la fille se rencontrent en page quatre, que le premier rebondissement a lieu en page six et le premier baiser en treize. Il suffit de remplir les pages blanches étalées par terre dans un soucis de précision géographique et temporelle.

C'est bien plus drôle qu'un film de la Nouvelle Vague, nous confiera Audrey qui en a tapé d'autres.

Les deux personnages s'attellent donc à la tâche, et de retours rapides en rebondissement, de ratés en propositions loufoques, ils tâchent d'écrire le fameux scénario. Ils s'y mettent en scène, un peu, puis beaucoup. Ça passe par tous les genres hollywoodiens, et Audrey avinée ira jusqu'à proposer d'être poursuivie par un vampire avant de s'échapper en avion... Holden, lui, renonce dès le début à remplir un Paris du quatorze juillet avec des inspecteurs en gabardines, mais il ne rechigne pas à ce que son héros s'aventure sur les plateaux désertés d'un studio français pour y voler les bobines d'un film prêt à sortir. On a donc droit à la traversée de la jungle emplie de bêtes féroces et, censure oblige, à la partie de tric-trac survenant immanquablement au moment où le héros allait se jeter sur le lit avec une héroïne peu vêtue.

Scénario ficelé avec adresse qui s'interroge sur le credo hollywoodien : pour ne citer que Minnelli, « le monde est une scène, et la scène est un monde de divertissement ». Mais si chez Minnelli on est heureux en faisant le clown, chez Quine la réalité quoiqu'animée par la fiction prévaut. Unfaithfully Yours proposait la même chose : passer par la thérapie de la fiction pour reconnaître que la réalité a ses bons côtés. Chez Quine, l'amour prévaut aussi, et basé sur l'illusion il finit par voler de ses propres ailes.