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terça-feira, 19 de agosto de 2014

Raùl ma poule (2011)

Raùl ma poule est un film documentaire sur une librairie indépendante à Ivry, en région parisienne, "Envie de lire". Le lieu est atypique et fonctionne, grâce à la détermination des libraires à ne pas faire des lecteurs des clients ni du livre un produit. La dimension reste humaine et la qualité est au rendez-vous. Le docu donne l'idée d'une journée sur les lieux, entre les lecteurs de tous âges et les représentants, le café du matin et la caisse du soir.

Qu'est-ce que disait Godard exactement déjà ? Quelque chose comme : "Je crois que ce qu'il y a de plus extraordinaire à filmer, ce sont les gens qui lisent."


Réalisé par Anne-Lise Garat, Marie Henry, Mia Kraitsovits-Pélage et Loeiz Perreux en 2011, dans le cadre des ateliers cinéma de l'université Paris VII.

[Raùl ma poule sur Viméo]

segunda-feira, 18 de agosto de 2014

Géopolitique de la traduction [en sciences humaines] (Gisèle Sapiro)

Alors que les japonais classent les anglophones parmi les meilleures universités du monde, que faire de la diversité linguistique, notamment en sciences humaines ?  Gisèle Sapiro propose un rapide coup d'œil sur la traduction des sciences humaines dans le monde, choix, méthodes, approches : http://www.laviedesidees.fr/Geopolitique-de-la-traduction.html

"Mais dans les sciences humaines et sociales, outre qu’il y a une inégalité devant la langue anglaise qui ne pourrait être réduite qu’à condition de restructurer tout le système éducatif autour de cette langue dès la prime enfance, il y a des avantages épistémologiques au passage d’une langue à l’autre car la traduction nous permet de relativiser nos catégories d’analyse, fortement ancrées dans les cultures nationales du fait des conditions d’institutionnalisation de ces disciplines à partir de la fin du 19e siècle."

segunda-feira, 4 de agosto de 2014

O dia Mastroianni (João Paulo Cuenca, 2007)

"Est appelé "Mastroianni" (de Marcello, act. it., 1924-1996) le jour perdu en excursions festives à flâner en compagnies de belles filles [...]. Pour le "Jour Mastroianni" classique, le trio, les lunettes noires et, de préférence, le chapeau, sont essentiels. Certains lexicographes inclus également dans leurs définitions l'auto-panégérique compulsif, l'ingestion de dry martini et / ou de gin-tonic, des paris sur des courses de chevaux, de légères crises métaphysiques et la présence à des rondes ou à des fêtes auxquelles l'on n'a pas été auparavant invité."

* * *

Les chapitres du livre correspondent aux heures qui passent, et dans leurs intervalles se glissent des voix étranges, des introspections difficilement compréhensibles, un monde inaccessible. L'errance dure une journée et une nuit. 

Le narrateur (Pedro Cassava), paraît tout savoir - à moins qu'il n'invente ? - et entraîne de bar en bar son ami Tomas Anselmo et sa compagne Maria. Ce sont des pique-assiettes opportunistes, des profiteurs de restaurant chics ; ils traînent dans un monde détaché de toute préoccupation qui ne soit sexuelle ou personnellement existentielle. On y croise des artistes errant eux aussi : un écrivain, une actrice sur le retour.

Les descriptions rappellent le monde cinématographique : découragement de s'aventurer dans un milieu fermé, suggestions et appels constant au connaissances cinéphiles du lecteur. À la fin du livre, le narrateur ferme les yeux et son monde, projeté, disparaît.

terça-feira, 29 de julho de 2014

Pierre papier ciseaux (Maylis de Kerangal et Benoît Grimbert)

Ce court livre, édité chez Le Bec en l'Air dans la collection Colatéral, et regroupant donc sous une couverture élégante textes et photographies, est le résultat d'un atelier d'écriture monté en Seine-Saint-Denis par Maylis de Kerangal. Trois récits distincts, correspondant à trois générations différentes, gravitent autour de l'espace de la Cité-Jardin, un ancien territoire agricole à l'apparence encore champêtre, peu-à-peu gagné par l'urbanisation des grandes tours HLM. Entre l'espace lié à la nature, qui subsiste encore sous la forme de terrain vague sauvagement envahi par les herbes, et les grands ensembles bétonnés construits à la hâte dans les années soixante devenu du temporaire de longue durée, un bâtiment est en train de surgir : les archives de France. C'est sur fond de cette mémoire en boîte qu'évoluent les personnages.




Ce sont d'abord les souvenirs d'une femme aujourd'hui âgée, qui se souvient de sa jeunesse dans ce quartier qu'elle n'a jamais voulu quitter. Potagers de l'enfance appelant aux rapines, impasses feuillues de l'adolescence où échanger discrètement les premières caresses, elle déplore aujourd'hui un quartier qu'elle continue d'aimer mais qu'elle considère menacé par la population immigrée entassée dans les tours voisines.

Où l'on trouve de jeune adolescent, comme celui du deuxième récit, qui tournent en rond dans le cercle restreint de leurs habitudes. Mais ce jeune personnage, attiré par une fille, va dépasser les frontières invisibles du terrain vague abandonné à la végétation, le "Champ", et ainsi commencer de s'ouvrir à ce qui l'entoure. Il glisse du quartier de classe moyenne au trajet RER vers Paris, et comme dans Corniche Kennedy l'amour adolescent, spontanné, devient la possibilité d'une ouverture sociale.
Le dernier récit raconte la mémoire d'une petite fille de cinq ans : fouillant en secret parmi ses trésors les plus précieux, elle cherche la continuité mystérieuse de son identité dans les objets qu'elle a décidé de garder. Un porte-monnaie Hello Kitty fait d'elle une vraie petite fille aux yeux du monde ; un mouchoir volé à sa mère la rattache à une tradition familiale volatile comme l'odeur qu'il renferme encore ; des photos où elle se reconnaît plus ou moins montrent les changements de son corps et lui permettent de se reconnaître.

En contrepoint des textes, les photos montrent des paysages de végétation touffue dressée devant une tour HLM, entre le terrain vague et le champ en friche. Parfois, de dos, un personnage qui paraît solitairement enfermé dans le silence et contempler avec mélancolie ces espaces mystérieux que l'homme tolère et craint à la limite de son monde.

sábado, 19 de julho de 2014

Étranges Rivages (Arnaldur Indridason, 2013)

Sois brise, mon poème,
caresse les joncs du Styx
chante, apaise et endors
ceux qui attendent

Snorri Hjartarson

Ce n'est pas vraiment une enquête qui amène cette fois-ci le commissaire Erlendur à fouiller dans le passé des gens, bien plus son impulsion habituelle concernant les disparitions. Cette fois-ci l'histoire se passe dans les fjörd de l'est, sur fond de modernisation (une usine d'aluminium et un barage sont en train d'être construits). Erlendur passe son temps à interroger des personnes âgées de l'histoire desquelles peu de gens se souviennent ; à arpenter la région en voiture, dans le froid, pour exhumer des archives et des cadavres ; à questionner des chasseurs qui connaissent l'espace et en ont une maîtrise qui va parfois jusqu'à la collection de ce qu'ils trouvent sur la lande ; à visiter les cimetières.

Au cours du récit, on comprend qu'Erlendur poursuit un double but : expliquer la disparition de Matthildur, jeune femme qui se serait perdue sur la lande lors d'une tempête en 1942 dans des circonstances mystérieuses, et résoudre la disparition de son petit frère, qui le hante depuis le début de la série.


Les grands thèmes qui traversent la série des enquêtes d'Erlendur sont une fois de plus présents. L'importance de la mémoire, celle des personnes âgées surtout, et donc de la transmission orale, ainsi que les archives et les collections, plus ou moins liées aux obessions individuelles, est liée à la peur de voir la modernisation faire table rase sur le passé. "[...] les lieux étaient chargés d'une longue histoire et les gens qui vivaient ici avaient vu la société se transformer. La plus grande et la plus radicale de ces mutations était la construction du gigantesque barrage dans les terre inhabitées et de la fonderie d'aluminium dans le fjord voisin. D'une manière irréversible, le passé allait une nouvelle fois disparaître pour céder la place à des temps nouveaux." (p. 336) L'absence de traces ne permettra plus de revenir en arrière et d'avoir le fin mot d'histoires qui déterminent pourtant, suivant une constance d'Indridason, la suite de l'existence des personnes impliquées. Lorsqu'Erlendur parvient à résoudre l'énigme de la disparition de Matthildur, on peut lire : '"Il avait compris qu'il avait rompu une sorte de statu quo qui avait force de loi. En le rompant, il avait remis l'existence en mouvement." (p. 346)
L'apaisement ne vient qu'avec le fin mot de l'histoire et le repos des disparus.


Étranges Rivages, traduit de l'islandais par Eric Boury, ed. Métaillié, 2013, 352 pages.